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Souvenirs de plongée
La Côte Bleue
La calanque de Méjean est le plus beau des aquariums du monde ! je m'y suis laissé fondre des centaines d'heures durant sans jamais perdre un soupçon d'admiration pour les formes et les couleurs du vivant qu'elle abrite. En pmt ou en bouteille, des couloirs rocheux de l'écueil aux étendues sablonneuses en passant par les prairies de Posidonies, autant d'images et de rencontres inattendues qui ont alimenté la majeure partie de mes observations sous-marines. Les moments les plus forts restent toutefois les ballades nocturnes des couloirs de roche de l'écueil au fameux tombant qui s'incline jusqu'à 36 mètres. Homards, Langoustes, grandes Cigales, Galathées et Crevettes majestueuses ... la nuit tout est différent, la vie est à son maximum d'effervescence, les parois flamboyantes de myriades de polypes épanouis où même les poissons diurnes, dormant sur des lits d'algues, blottis dans la roche ou dans les bras d'une Gorgone arborent des parures nocturnes somptueuses.

Planier

Mes plongées les plus mystérieuses et les rencontres les plus inattendues. Outre le fait d'y avoir nagé durant une bonne demi-heure avec un groupe de Dauphins, chaque descente dans le bleu profond me réservait des images à placer dans les premières pages de mes souvenirs. A quelques encablures de l'île, là où l'on se cale pour y pêcher la Bonite, il y a sur le flanc sud de la grande dorsale, entre 45 et 55 mètres, de larges couloirs sablonneux crantés de tombants et jalonnés de blocs rocheux, ces fameux gruyères et plateaux qui abritent une incroyable diversité de vie.

J'y ai observé depuis le bas des tombants des nuages de Barbiers, Veirades... par milliers et comme nulle part ailleurs ! des bancs de Dentis (novembre) accompagnés de Pagres et de Canthères avec le plus souvent, quelques mètres en arrière de la troupe, un gros pépère à la nage majestueuse, approchant voir dépassant le mètre, comme pour veiller sur ses congénères.


Dans les "gruyères", vivent des Mostelles d'une taille inhabituelle, j'y ai rencontré des Mérous dont un qui dépassait certainement 25 kilos, j'y ai caressé un Congre plus grand que moi et agacé une Murène non moins impressionnante qui s'en est pris, de ses mâchoires, à la bague macro de mon appareil photo. Des images parmi tant d'autres, indescriptibles pour certaines tant elle contiennent d'innombrables formes et couleurs de la vie marine !


Quoi dire d'un mur de Bonite qui vient former une colonne se resserrant autour de moi, en apnée à environ 15 mètres, en pleine eau, un tourbillon de vie, des centaines et des centaines de Bonites à presque effleurer du bout des doigts. La même chose, même profondeur en position debout sur la carcasse du Chaouen avec des spécimens de plus petite taille... qui donc était l'attraction dans ces moments là ? Qui observait qui ?

Quoi dire aussi de ces temps de paliers, habituellement contraignants, qui deviennent autant d'instants magiques dès lors qu'une incroyable richesse planctonique s'offre à nos yeux : Méduses, Cténophores, Salpes et autres Tuniciers, sans compter les passages de poissons pélagiques venus parfois s'abriter sous la coque du bateau : Poisson pilote (Naucrates ductor) ou ce petit groupe de Balistes juvéniles (4-5 cm) que nous avons dû prélever en partant pour les relâcher hors de portée de l'hélice autour de laquelle ils s'étaient réfugiés.

Planier, ou plutôt cette zone au large de l'île, contraste avec les biotopes côtiers, par la biomasse et par la diversité des espèces, vertébrés et invertébrés confondus, d'une part grâce à sa position éloignée de la côte qui constitue un point de rassemblement ou de halte pour de nombreuses espèces pélagiques, d'autre part grâce aux courants porteurs d'une incroyable richesse planctonique et notamment celui qui balaye le littoral d'ouest en est, enrichi en substances minérales par les eaux du Rhône.

Premières plongées
Le super matos !!!  Une bouteille, un détendeur et... et puis quoi déjà ? ... Ah oui ! de la cordelette pour attacher la bouteille dans le dos. La palanquée, c'était mon frère. Et la sécurité alors ? Nous ne descendions jamais au delà de 12 mètres =  zéro palier ! Jusqu'à cette profondeur, on peut passer une vie à observer, sans lassitude et sans jamais venir à bout de la biodiversité présente.

Des années durant, je continuais à plonger avec le minimum nécessaire et, quitte à faire dresser les cheveux sur la tête de certains, quasiment toujours en solitaire...oups !. Si j'avais envie de planter 30 minutes, immobile, devant un Gobie léopard, je n'emmerdais... personne. Va t'amuser à faire ça en club !!! ceci dit, je ne recommande à personne de plonger seul.

La première évolution a été le back pack, puis profondimètre et tablettes pour commencer à découvrir le tombant de Méjean (36 m).. Quel confort tout à coup ! 


Puis un jour, beaucoup plus tard, on m'a demandé de mettre un stab. C'était avec un club, pour une émission FR3. Grrrr ! Ah;  Ah bon ! Mouais ! Pas mal, Ben dis donc, je vais m'en acheter un. Vous savez, quand on fait les choses à l'ancienne, c'est dur de changer. C'est vrai que pour faire de la photo le long des parois verticales, euh... on dit des tombants ! c'est le top. Puis j'ai été jusqu'à l'ordi de plongée et ça c'est arrêté là ! Celui là m'a fait un jour le coup de la panne sur une descente à 50,... alors que sur mes tablettes, les chiffres ne se barrent pas au moins !


Ça s'est arrêté là parce qu'ensuite, tout n'est que gadget:  lampes à éclat, phares super puissants... Ah oui ! tu plonges de nuit et t'as l'impression d'être en plein jour ! Même les poissons n'y comprennent plus rien ! alors ils se barrent tous, tout le monde aux abris et tu traverses un désert. Si tout est aussi beau la nuit, c'est bien parce qu'il fait nuit ! Alors la plus petite lampe étanche suffit.


Mes meilleures sorties nocturnes, à Méjean, c'était par pleine lune parce que je n'allumais ma petite lampe qu'en arrivant à l'écueil. Quinze bonnes minutes vécues comme un poisson. C'est magique ! par 4-5 mètres de fond, finalement on y voit très bien. On s'habitue, je commence par distinguer les algues de la roche, puis un herbier de Posidonies au milieu duquel une belle lueur se déplace... Ben quoi, c'est un Poulpe ! mais vu comme un poisson... Pfff ! le poisson, c'est moi. Enfin pas vraiment.... Tiens,  des poissons en voilà ! Finalement, j'en vois partout. Voilà un de ces instants magiques qui normalement ne se raconte pas tant les sensations et les émotions manquent au récit.

Pour comprendre la vie sous-marine, il faut la vivre, multiplier les expériences comme celle là. Passer des heures à observer le plus insignifiant des organismes vivants. Et on comprend vite que le terme "insignifiant" ne veut alors plus rien dire. Tout ce qui vit sous l'eau comme sur terre mérite une égale attention, un égal respect. 

Plus j'observe la nature, moins je comprends les hommes.